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Dialogue entre Céramique et Laque : Un Voyage au Cœur de la Création

Nous vous invitons à plonger dans un échange passionnant entre deux artistes aux univers complémentaires. Kartini THOMAS, céramiste française, et XueShan LIU, maître laqueur chinois, partagent avec nous leur savoir-faire ancestral et leur quête perpétuelle d’innovation. À travers leur conversation, découvrez les secrets de la laque, la magie des techniques de la céramique et l’inspiration qui naît de la rencontre entre tradition et modernité.

THOMAS:

Pouvez-vous détailler le processus d’extraction de la laque et ses composants ?

LIU :  

l’obtention de la laque est un processus d’une grande précision. Un arbre à laque, ou laquier, doit mûrir pendant une dizaine d’années pour pouvoir être exploité. Au fil de son cycle de vie, un seul laquier produit environ 10 kg de ShengQi (laque brute). Pour récolter ce précieux liquide, l’écorce est incisée à l’aide d’un couteau traditionnel ou d’un outil en bambou. Les entailles, réalisées près des feuilles ou des branches principales, permettent à la sève de s’écouler naturellement pour être collectée goutte à goutte. Un travail d’antan, exécuté autrefois par les QiNong (maîtres laqueurs), dont l’expertise permettait de récolter parfois jusqu’à une tonne de laque.

Les composants essentiels – Urushiol (résine principale), l’enzyme laccase, la gomme végétale et une part d’eau – se combinent pour offrir à la laque sa résistance, son éclat et sa durabilité.


 

LIU :

En Chine, de nombreux amis ont découvert vos œuvres en céramique et les ont beaucoup appréciées. Ces créations se distinguent par leurs formes uniques et leurs couleurs vives, produisant un effet visuel marquant. Je suis curieux de savoir quelles ont été vos sources d’inspiration pour ces œuvres.

 

THOMAS :

L’inspiration pour mes œuvres en céramique provient principalement des formes subtiles de la nature et des souvenirs imaginaires de mon enfance. En tant qu’artiste, mon parcours en biologie a profondément influencé ma création. Les formes organiques de la nature, les structures de croissance des plantes et l’univers microscopique des cellules sont souvent au cœur de mes œuvres.

 

Quant au choix des couleurs, il reflète ma perception de l’énergie et de la vitalité : le rouge symbolise la passion, le bleu évoque la sérénité et le vert incarne le renouveau naturel. Les formes « ludiques » de mes créations trouvent leur origine dans ma fascination pour les jouets de mon enfance et la culture des monstres japonais. Ces influences stimulent ma créativité et m’inspirent des œuvres alliant force et fantaisie. Je suis ravie que ces explorations résonnent avec mes amis chinois !

Pièce collaborative
 

THOMAS :

Si j’ai bien compris, la peinture à la laque nécessite un processus d’application relativement long. Pouvez-vous nous expliquer ce processus ?

 

LIU :

Oui, le QiHua (la peinture à la laque), nécessite plusieurs étapes répétitives, impliquant parfois des gestes comme gratter, lisser, polir, poncer, et lustrer. Ces opérations sont essentielles pour obtenir un résultat final de qualité. Outre la complexité de ces techniques, les conditions naturelles requises pour le séchage de la laque jouent un rôle crucial.

 

Le processus de séchage de la laque nécessite un environnement spécifique. Par exemple, les ateliers spécialisés en laque, appelés DaQi Studios, exercent un contrôle strict de la température et de l’humidité, maintenant une température constante d’environ 20 °C et un taux d’humidité proche de 80 %. Ces conditions assurent un environnement idéal pour le séchage naturel de la peinture.



 

LIU :

En Chine, parmi les techniques de laque, il existe une méthode très importante appelée TuoTai (démoulage). Les objets réalisés avec cette technique sont à la fois légers et solides. Vos grandes pièces en céramique, en revanche, sont très lourdes en raison de leurs matériaux. Pensez-vous qu’à l’avenir, nous pourrions intégrer la méthode TuoTai dans une collaboration pour de nouvelles créations ?

 

THOMAS :

Je suis fascinée par les techniques de laque chinoise, en particulier par la méthode Tuotai. Ses qualités de légèreté et de robustesse offrent des possibilités infinies pour la création artistique. Il est vrai que mes grandes pièces en céramique ont un poids conséquent dû à leurs matériaux. Intégrer la technique TuoTai à mon processus créatif serait une magnifique opportunité pour enrichir mon langage artistique et lui apporter de nouvelles dimensions.

 

J’ai hâte d’explorer, grâce à cette technique traditionnelle, une combinaison entre céramique et laque, qui permettrait de concevoir des œuvres plus légères et expressives. Une telle collaboration ne représenterait pas seulement une avancée matérielle, mais aussi une fusion culturelle profonde.

 

THOMAS :

Quelle est la source d’inspiration et la signification de vos créations ?

 

LIU :

C’est une question que je me pose presque tous les jours. Je suis profondément attaché à la tradition et à la culture chinoise, en particulier aux œuvres classiques comme le ShanHaiJing (Livre des monts et des mers). Cet ouvrage ancien recueille des récits mythologiques ainsi que des descriptions d’animaux fantastiques, de végétaux extraordinaires. La richesse des représentations des dieux, des créatures mythiques et des phénomènes mystérieux éveille ma curiosité et stimule mon imagination.

 

Cela m’a conduit à créer une série d’œuvres inspirées du ShanHaiJing, réinterprétées selon ma propre vision artistique. En plus, j’ai exploré progressivement des différentes formes et techniques, notamment à travers l’encre et le processus artisanal du QiHua (la peinture à la laque). J’ai eu la chance d’étudier auprès du Professeur JIANG Baolin, dont la vision de l’encre moderne et ses idées novatrices ont profondément influencé mon travail. Il m’a encouragé à expérimenter la laque comme un langage artistique pour exprimer des concepts contemporains inspirés de la peinture à l’encre.

 

J’ai également obtenu le soutien et la reconnaissance du Professeur KANG, un mentor respecté dans ma vie. Mon inspiration vient également de la richesse culturelle de la Chine, notamment des grottes sculptées, qui évoque l’expression idiomatique chinoise QiaoDuoTianGong - un chef-d’œuvre d’une virtuosité qui semble défier la nature elle-même.

Ces lieux, empreints de temps et d’histoire, m’émeuvent profondément. C’est ainsi que j’ai lancé une série d’œuvres inspirées de ces cryptes.

 

Pour conclure, je pense que la création artistique est indissociable d’un processus d’innovation permanente. Elle demande à la fois de la persévérance et un esprit d’exploration. Cette année et l’année prochaine, je poursuivrai mes expérimentations et continuerai à avancer, pas à pas.



 

LIU :

En plus de vos œuvres en céramique, vous avez également créé de nombreuses sérigraphies. Celles-ci partagent une palette de couleurs similaire à vos pièces en céramique, notamment le rouge, le jaune, le bleu et le vert. Au-delà de notre collaboration sur les céramiques, pensez-vous qu’à l’avenir, nous pourrions sélectionner certaines de vos sérigraphies et les retravailler en y intégrant des techniques de laque ? Cela pourrait mener à des surprises inattendues !

 

THOMAS :

Il est vrai que mes sérigraphies et mes sculptures céramiques partagent une continuité, non seulement dans les palettes de couleurs, mais aussi dans l’exploration des formes et des énergies. L’idée d’associer la gravure et la peinture en laque pour une seconde création est fascinante et stimulante.

 

Cette approche permettra non seulement d’élargir les possibilités d’expression de la sérigraphie, mais aussi d’enrichir les œuvres grâce à la texture et à la technique uniques de la laque. Nous pourrions commencer par de petites pièces pour expérimenter le dialogue visuel et technique entre ces deux médiums. J’ai hâte de découvrir un langage artistique totalement inédit à travers cette collaboration.



 

THOMAS :

Sur quels types de surfaces la peinture à la laque naturelle adhère-t-elle le mieux ? La surface nécessite-t-elle une certaine porosité ou une texture spécifique ?

 

LIU :

La peinture à la laque naturelle, tout comme la culture chinoise, embrasse toutes choses. Comme on dit, « tout peut être verni », que ce soit l’aluminium, le cuivre, le fer, le bois, la céramique ou même des matériaux comme le plastique. Cependant, pour que la laque adhère parfaitement, il est nécessaire d’adapter les techniques en fonction du matériau.

 

Par exemple, pour le bois, nous utilisons des techniques comme l’ajout de cendres pour préparer et lisser la surface du support. Pour la céramique, nous pouvons utiliser une technique de sablage végétal. La présence de pores ou de textures rugueuses sur la surface favorise une meilleure adhérence de la laque au support, un élément essentiel pour garantir sa tenue.

 

Dans les œuvres que nous avons réalisées ensemble, j’ai mis en valeur la texture naturelle de chaque matériau afin de créer une expression subtile et nuancée. Ainsi, les œuvres deviennent plus harmonieuses et plus intéressantes.

 

LIU :

À l’instar de la laque, la céramique comporte de nombreux éléments imprévisibles dans son processus de création. C’est peut-être ce qui les rend si fascinantes. Au cours de notre collaboration, nous devrons sans cesse ajuster et perfectionner nos méthodes, tout en laissant le marché accueillir et juger notre travail final. Comment percevez-vous ce parcours, long mais passionnant ?

 

THOMAS :

Que ce soit en céramique ou en laque, l’incertitude fait intrinsèquement partie de leur processus de création, qu’il s’agisse des variations de température lors de la cuisson ou des propriétés naturelles des matériaux. Cette imprévisibilité est au cœur de leur charme, et plutôt que de la voir comme une contrainte, je la considère comme une partie intégrante du processus artistique. Elle nous apprend à accepter et à apprécier la beauté de l’aléatoire.

 

Je partage pleinement l’idée qu’une collaboration nécessite des ajustements constants et une harmonisation progressive. Ce processus n’est pas seulement un moyen d’atteindre un résultat parfait, mais aussi une opportunité d’approfondir notre compréhension mutuelle de nos langages créatifs. Je suis convaincue qu’après avoir traversé ces étapes ensemble, nos œuvres seront non seulement plus riches et matures, mais également prêtes à captiver un large public sur le marché.



 

THOMAS : 

D’où proviennent les différentes couleurs de la peinture ? Y a-t-il une préférence ou une signification particulière pour les différentes couleurs en Chine ?


LIU : 

Avec l’évolution de la science et de la technologie, le DaQi (laque traitée) coloré est aujourd’hui très varié et facile à obtenir. Il provient principalement d’usines de transformation, et peut être employé directement. À l’inverse, autrefois, le ShengQi (laque naturelle brute) s’oxydait rapidement au contact de l’air après sa collecte, prenant une teinte noir-gris. Pour obtenir d’autres couleurs, la laque naturelle devait être mélangée à des pigments minéraux en poudre : le rouge avec du vermillon, le noir avec de la poudre de carbone, le jaune avec de l’orpiment, le vert en ajoutant de l’indigo à l’orpiment, et le bleu avec de l’azurite. Dans la Chine ancienne, les différentes couleurs avaient également une signification particulière. Par exemple, le noir symbolisait la noblesse et la solennité, le rouge était associé à la célébration et à la chance, tandis que le jaune représentait le pouvoir impérial et l’aristocratie.


 

LIU :

L’association de la laque et de la céramique possède une longue histoire en Chine. Sous l’influence des différences culturelles entre l’Orient et l’Occident, cette rencontre entre les deux médiums pourrait apporter une nouvelle dynamique à la création. Quels conseils donneriez-vous pour enrichir notre future collaboration ?

 

THOMAS :

La fusion de la céramique et de la laque s’inscrit effectivement dans une riche tradition de Chine, et l’interaction des cultures orientales et occidentales peut lui insuffler un nouvel élan. Voici quelques pistes pour approfondir notre collaboration :

 

1. Narration culturelle : Nous pourrions explorer la possibilité de raconter des histoires de la rencontre entre les cultures orientales et occidentales à travers nos œuvres, en utilisant les matériaux et les formes pour incarner le dialogue entre tradition et modernité.

 

2. Innovation technique : En combinant les techniques modernes avec les méthodes artisanales traditionnelles, nous pourrions introduire de nouvelles formes d’expression, apportant fraîcheur et innovation à nos créations.

 

3. Éducation artistique : Nous pourrions organiser des ateliers ou des cours ouverts au public, afin de découvrir les processus de fabrication de la céramique et de la laque, tout en transmettant l’esprit de l’art.

 

Je suis vraiment enthousiasmé par notre collaboration à venir et convaincue que cet échange interculturel ouvrira la voie à de nombreuses nouvelles inspirations et opportunités artistiques!


Ce dialogue vibrant et sincère illustre l’échange constant entre savoir-faire traditionnel et innovation contemporaine. Il nous rappelle que, dans l’univers de la création, chaque geste et chaque technique renferment la puissance de l’histoire et l’envie inextinguible d’explorer l’inconnu. Restez connectés pour suivre l’évolution de ces collaborations prometteuses et découvrir de nouvelles inspirations au cœur de LooLooLook Gallery.


Nous espérons que ce voyage au cœur de la laque et de la céramique vous aura inspiré autant qu’il nous a passionnés. N’hésitez pas à partager vos impressions et à nous rejoindre pour de futures aventures artistiques !

 
 
 

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